Votre panier est vide.

Pour construire une fugue dans B.A.C.H., je suis parti de la base, de ce qu'est une fugue d'école : le module fabrique un sujet, le fait entrer dans les voix selon le plan classique, et confie tout ce qui n'est pas thématique à un solveur de contrepoint.
Par Gilles de Kaona
L’algorithme FUGUE ne rejoue aucune partition de l'Art de la fugue. La référence à Bach tombe sous le sens, c'est un hommage naturel à un musicien qui fait partie de ma vie depuis toujours ; cependant, à aucun moment les partitions du maître ne sont utilisées.
Le terme de fugue est bien antérieur à Bach. Le mot latin fuga désigne à la fois la fuite (fugere, fuir) et la poursuite (fugare, chasser). Il apparaît dès le XIVe siècle et décrit des voix qui se fuient et se poursuivent par imitation (c’est donc à la base un canon). Pendant quatre siècles, le procédé sera raffiné, puis rendu particulièrement complexe par Bach avec Le Clavier bien tempéré et L'Art de la fugue.
En manipulant les encodeurs, vous ferez apparaître vos propres fugues, plus ou moins complexes, et parfois même à la limite… de ne plus être vraiment des fugues !
L’encodeur MATERIAL choisit une famille parmi huit. Chacune est un modèle écrit en degrés de la gamme, et toutes touchent la dominante.
| Famille | Dessin | Rythme |
|---|---|---|
| ARCH | monte par tierces jusqu'à la dominante, redescend par degrés | six croches, une noire |
| FIFTHS | arpège tonique, dominante, octave ; retour par la sensible | huit croches |
| SCALAR | gamme montante jusqu'à la dominante, puis redescente | doubles croches |
| SYNCOPATED | saut à la dominante, retour, nouveau saut | croche pointée-double, noire au milieu |
| TURN | gruppetto (un petit ornement de quelques notes) autour de la tonique, puis montée vers la dominante | doubles croches, puis croches |
| PEDAL | la tonique revient une note sur deux sous une ligne qui descend | croches, noire finale |
| WEDGE | s'ouvre en éventail de part et d'autre de la tonique | croches, noire finale |
| CHORALE | montée et descente conjointes, style de choral | noires, blanche finale |
À chaque nouveau cycle, le moteur dérive du modèle un nouvel énoncé. Les durées intérieures tournent d'un cran, ce qui garde la longueur totale et donc le calage des entrées. Une ou deux notes intérieures glissent d'un degré, sans sortir de la contrainte du modèle. La première et la dernière note ne bougent jamais, et si la dérive a effacé la dominante, la note intérieure la plus proche la retrouve. La famille s'entend toujours, la phrase exacte change d'un cycle à l'autre.
Un changement de MATERIAL n'agit pas immédiatement. La nouvelle valeur doit rester stable un temps entier, puis une nouvelle exposition part au début de la mesure suivante. Le choix évite qu'un passage de l'encodeur sur trois familles déclenche trois expositions interrompues. Cependant, on peut forcer le changement à l’aide du bouton Reset.
À chaque nouvelle section, le sujet peut muter : une note intérieure se déplace d'un degré, ou deux valeurs rythmiques voisines s'échangent. La probabilité suit l'inverse de MEMORY, et ces mutations s'accumulent d'une section à l'autre, dans une marge d'un degré autour du modèle (deux degrés sous 45 %). Le contre-sujet est reconstruit derrière.
Même à 100 %, deux cycles successifs ne présentent pas le même énoncé : la dérivation par cycle ne descend jamais à zéro. C'est voulu. Une fugue peut tourner en permanence sans utiliser strictement la même phrase, et donc sans produire de boucle.
La fugue enchaîne exposition, épisode, entrée intermédiaire, strette et coda, puis revient à une exposition. Chaque section se termine sur une barre de mesure et toutes les entrées tombent sur des temps entiers.
Sans strette, la forme se referme quand même : après 2 à 5 entrées intermédiaires (selon GROWTH), la coda arrive.
GROWTH règle la longueur de toutes les sections dans la limite de 1 à 24 mesures. Ce calcul est refait à chaque pas : tourner GROWTH raccourcit ou allonge la section immédiatement, pas seulement la suivante. Une section raccourcie ne s'interrompt jamais au milieu d'une mesure.
La réponse est le sujet transposé à la quinte, c'est-à-dire au degré de la gamme qui s'approche le plus de sept demi-tons. Sous 50 % d'INTERACTION, la réponse est tonale : sur ses deux premières notes, une dominante est répondue par la tonique, comme dans les fugues simples.
Le contre-sujet est construit, pas recopié. Son rythme est décalé : sa première valeur dure la moitié de celle du sujet, si bien que les attaques des deux lignes ne coïncident jamais. Ses hauteurs sont exclusivement des tierces et des sixtes contre le sujet, en préférant le mouvement contraire et le degré conjoint. Ni quinte, ni octave, ni unisson : le contrepoint est renversable à l'octave, les tierces devenant des sixtes. Dans une exposition, où il accompagne une entrée décalée qu'il ne peut pas prévoir, il a « le droit » de fléchir d'un degré pour éviter une dissonance franche ; sinon il garde son contour.
Toute note qui n'appartient pas au matériau thématique est choisie par un solveur. Il examine les neuf degrés qui entourent la note précédente et attribue à chacun une pénalité ; le moins pénalisé l'emporte. Par ordre de poids décroissant :
Le mouvement contraire avec les autres voix est récompensé, et la sensible est attirée vers la tonique. La quarte n'est comptée comme dissonance que contre la basse réelle du moment. Une harmonie simple, un accord par demi-mesure, est partagée par les quatre voix : tonique et dominante en exposition, quintes descendantes en épisode, I-IV-V en entrée intermédiaire.
DENSITY n'efface jamais une note thématique. Elle décide combien d'entrées comporte l'exposition (une sous 16 %, deux sous 40 %, trois sous 68 %, puis quatre) et combien de voix libres peuvent sonner en plus (aucune sous 28 %, puis une, deux, trois au-delà de 80 %). Elle règle aussi leur respiration : silences fréquents en bas de course, valeurs de base passant de la noire à la croche, et au-delà de 70 % des doubles croches de plus en plus nombreuses.
INTERACTION a deux versants. Sous 35 %, les voix libres évitent ce que la voix menante vient de jouer : les lignes se superposent sans se répondre. Au-delà, elles imitent : elles reprennent un degré récemment énoncé par le sujet, avec un retard qui se resserre de six notes à une quand l'encodeur monte. INTERACTION resserre aussi les entrées de l'exposition et décide de la réponse tonale.
Tout ce que fait TENSION en FUGUE est diatonique, sauf un cas strictement encadré.
MORPH agit en continu sur chaque note émise. Il élargit ou resserre le contour du sujet (de la moitié de ses intervalles en bas de course à 1,7 fois en haut) et étire ou comprime son rythme (valeurs doublées en bas, divisées par deux en haut). Au centre, le sujet est joué tel quel. Le changement suit l'encodeur en quelques doubles croches, sans à-coup. Les renversements, rétrogradations et augmentations décrits plus haut s'ajoutent à cet effet au-delà de leurs seuils.
Les règles restent les mêmes quelle que soit la valeur des encodeurs, mais ce qu'elles produisent change du tout au tout. Trois réglages extrêmes peuvent le montrer.
Entre ces extrêmes, et en partant des encodeurs au centre, se trouve la fugue d’école. Tout ce qui s'en éloigne reste construit sur les mêmes règles.
FUGUE n'est donc pas une fugue toute faite, mais un outil de composition. Le module se charge de la construction générale : il conduit les voix, évite les quintes parallèles, mène la cadence et garde la forme. Les décisions musicales vous reviennent : combien de voix, quel sujet, quelle tension, combien de temps s'attarder dans un épisode, à quel moment serrer les entrées. Et bien sûr dans quelle tonalité, avec quelle sensibilité de vélocité, avec quels ornements ou quels gestes imprévus grâce à HUMANIZE.
Vous écoutez, vous corrigez, vous recommencez, comme on travaille une pièce. La fugue qui en sort est la vôtre.